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« Le dieu du carnage », ou de l’autre côté du miroir


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Tout commence par un décor ultrabourgeois. Deux couples sont assis autour d'un café, de cakes et autres mignardises, à converser... civilement. Leurs manières, leur «body language», tout dénote que ces personnes-là conversent en toute amabilité, mais aussi affectation. On se doute qu'un feu couve sous la cendre. Car sous cet aspect propret et bien structuré d'un salon, un litige se dissimule. En effet, à l'école, Ferdinand, le fils d'Alain et d'Annette, a attaqué Bruno, le fils de Michel et Véronique, à coups de bâton lui cassant deux dents. Les parents ont décidé de se rencontrer dans l'appartement du blessé pour régler le problème. C'est ainsi que démarre ce huis clos de Yasmina Reza, présenté au théâtre et repris par Roman Polanski au cinéma, et aujourd'hui adapté en langue libanaise au Liban. Sous cette couche bienveillante et conciliante que cachent ces quatre personnages, un volcan va très vite entrer en éruption. Ainsi, entre Alain (Fadi Abi Samra), avocat sans scrupule qui répond sans cesse à son portable, Véronique (Bernadette Hodeib) jurant par la morale humanitaire et défendant de grandes causes, comme le Darfour, son mari Michel (Rodrigue Sleiman) à l'allure bonasse, et Annette, véritable «desperate housewife», le conflit s'installe très vite. Un ping-pong de phrases assassines s'engage, les alliés changeant de camp à maintes reprises.

Ayant souhaité s'adresser à un plus large public que celui restreint des francophones de Beyrouth, Carlos Chahine demande les droits à Yasmina Reza pour faire traduire la pièce en arabe et la «libaniser a minima», précise-t-il. C'est alors que Randa el-Asmar plonge dans la traduction du français à l'arabe avec tout son savoir du théâtre et son intelligence à percevoir un texte. Majzara prend forme, fidèle à la pièce de Reza tout en s'insérant subtilement dans les codes de la société libanaise.

Tout le monde peut ainsi se reconnaître dans le profil de ces quadras bourgeois qui, très vite, vont laisser tomber leurs masques. Ce sont toutes les valeurs et les paradoxes de la condition humaine qui entrent en conflit durant 75 minutes. Sans répit. Sans ennui. Tout est mis sur le tapis: le futile et le grave, la politesse et la violence, ainsi que les rapports d'un couple, leurs non-dits, vomis d'un jet, balancés à la figure l'un de l'autre. Une tension qui monte crescendo, bien alimentée par le réalisateur Carlos Chahine qui reproduit l'action frontalement, sans même besoin de coulisses, rythmant les silences et les pauses.

Pas de vaudeville dans ce huis clos épuré, ni de gestes superflus pour cette comédie au dialogue à la fois incisif et drôle. Si auparavant il n'y avait aucun doute quant au talent des comédiens, le metteur en scène a réussi à tirer le meilleur de ce quatuor qui n'a plus rien à prouver. Bernadette Hodeib, merveilleuse passionaria se transformant en féline prête à montrer ses griffes, faisant oublier même le jeu de Jodie Foster; Fadi Abi Samra, qui a su surfer tout au long de sa carrière sur des interprétations différentes et qui endosse le rôle avec un naturel fou. Ou encore Carole el-Hajj, venue directement des séries télé et du cinéma, et qui étonne par son intégration au milieu théâtral, et enfin Rodrigue Sleiman, cet acteur-réalisateur qui complète en toute harmonie l'équipe en donnant cette touche légère et décalée à une situation tendue. Le tout forme une comédie noire, amère, voire aigre, où le spectateur rit de ses faiblesses et de ses défauts. Un miroir déformant de la société auquel Carlos Chahine nous invite. Alors qu'attend-on encore?

Représentations jusqu'au 2 novembre, les jeudis, vendredis, samedis et dimanches.

Billetterie :au Virgin, 01/990099.

Source: L'Orient Le Jour 
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